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Permaculture

Verena Schmidt Verena Schmidt

Le principe de la permaculture existe depuis les années 1970 déjà. Découvrez ici comment vous pouvez réussir à la mettre en œuvre dans votre propre jardin.

Qu’est-ce que la permaculture?

La permaculture est composée des termes «permanent», au sens de durable, et «agriculture». Il s’agit d’une méthode de planification et de conception pour une agriculture qui doit permettre une subsistance en harmonie avec la nature. Ce faisant, l’accent est mis sur les multiples fonctions des différents éléments et un système en circuit fermé. Dans l’idéal, vous pouvez, avec la permaculture et un peu de patience, aménager un jardin avec lequel vous obtenez un rendement élevé pour un investissement (matériel) relativement faible, et cela durablement et en prenant soin de l’environnement.

L’idée de la permaculture

Le concept «permaculture» a été forgé par Bruce Charles «Bill» Mollison (1928-2016) et son élève David Holmgren dans les années 1970. Les deux Australiens ont passé beaucoup de temps chez les Aborigènes où ils apprirent à respecter la nature. Attention, circuits fermés naturels et préservation des ressources naturelles sont les principales théories qui entrent en ligne de compte en permaculture. En 1978, Mollison fonda «l’institut de permaculture» en Tasmanie. En 1981, il reçut le prix Nobel alternatif pour son œuvre. Outre Mollison et Holmgren, il faut citer le Japonais Masanobu Fukuoka qui défendait une perception similaire d’agriculture globale au Japon.

Objectifs d’une permaculture

Le développement et la préservation d’écosystèmes interconnectés, multifonctionnels et durables, qui reproduisent la nature, est le grand objectif d’une permaculture. Des écosystèmes autorégulateurs comme les forêts (tropicales), les zones marécageuses et les paysages alluviaux sont l’exemple. Dans la pratique de la permaculture, il est essentiel de prendre soin de la terre et de ses ressources. La permaculture à proprement parler ne concerne pas seulement la jardinage et l’agriculture, mais vise un approvisionnement en produits alimentaires régional et entièrement auto-produit. Ce faisant, les ressources existantes doivent être utilisées efficacement, la consommation d’énergie diminuée et la consommation de biens de consommation réduite.

Trois principes éthiques et cinq R

Pour Mollison et Holgren, trois principes éthiques constituent la base de chaque action en permaculture: «Prendre soin de la terre (Care for earth)»; «Prendre soin des gens (Care for the people)» et «Partager équitablement et limiter la consommation (Fair share)».

En outre, il est question d’une utilisation respectueuse des matières premières qui est décrite avec les cinq concepts en «R»:

Refusing: résister aux biens de consommation superflus.
Reducing: réduire l’énergie, les matériaux et les déchets.

Reusing: utiliser les choses plusieurs fois.
Repairing: réparer les objets.
Le recyclage consiste à - si possible - valoriser les choses, c’est-à-dire à redonner de la valeur à des produits à première vue sans valeur et leur attribuer une nouvelle fonction.

Principes de la permaculture et leur application

Pour une permaculture au jardin, les principes qui servent d’outils de planification - mais peuvent être appliqués de façon très personnalisée, s’appliquent. Ayez donc simplement recours à ceux qui conviennent le mieux à vos idées et votre projet et peuvent le mieux être associés ensemble selon votre expérience.

Apprendre de la nature

Pour aménager et exploiter un jardin selon les idées de la permaculture, un principe consiste à identifier les structures, le modèle et les formes dans la nature, les comprendre et les prendre en compte lors de la planification. Pour son propre jardin, cela signifie: copiez les processus naturels au rythme des saisons, apprenez à connaître les végétaux et animaux autochtones, observez le parcours du soleil et où se trouvent les endroits ombragés et soumis au vent dans votre jardin. Une solide connaissance du sol est indispensable. S’il s’agit d’un sol glaiseux, sableux ou argileux et quels nutriments vous devez éventuellement apporter pour l’améliorer.

Plus vous connaissez votre jardin avec précision, plus il vous sera facile plus tard de planifier les carrés de légumes, d’aromatiques et de vivaces ainsi qu’un bassin et les zones périphériques. Une possibilité de copier la nature dans son propre jardin est notamment un sol vierge, c’est-à-dire une section de votre jardin que vous «abandonnez totalement à la nature» et ne travaillez d’aucune façon. Vous pouvez en outre miser sur des végétaux vivaces qui demandent peu d’entretien et donnent cependant de bons rendements. Les arbustes à baies comme les groseilliers conviennent très bien pour cela. En outre, on applique la règle en permaculture de ne pas laisser les sols nus, c’est-à-dire soit de les pailler, soit de les végétaliser. Ils sont ainsi protégés des intempéries extrêmes et emmagasinent la chaleur.

Carré de légumes en permaculture

Le sol est la principale base pour une permaculture car il stocke les nutriments qu’il délivre aux végétaux. Il doit toujours être paillé ou végétalisé

Aménager un jardin en permaculture

Lors de l’aménagement de votre jardin selon le concept de la permaculture, vous devez d’abord comprendre quelle vision vous avez pour la parcelle. En effet, grâce à une utilisation optimale des conditions naturelles dans votre jardin, un aménagement durable et de long terme doit être obtenu avec une permaculture. Les questions suivantes sont utiles: Qu’est-ce qui pousse sur ma parcelle? De quoi ces plantes ont-elles besoin? Quelles sont les particularités de mon terrain? Qu’est-ce qui n’a pas marché par le passé? Quelles sont mes possibilités financières? De combien de temps je dispose pour l’exploiter? Quels végétaux et quelle récolte font mon bonheur?

A la planification, alternez des surfaces petites, exploitées intensément avec de grands espaces, exploités extensivement. Prévoyez des zones et intégrez des formes naturelles comme des filets, des méandres ou des ondulations.


Le modèle idéal d’une permaculture est constitué de cinq zones (anneaux) qui tournent autour de l’homme comme point central:

Zone 0: maison ou appartement
Zone 1: potager, jardin d’aromatiques

Zone 2: potager ou petit élevage
Zone 3: Arbres fruitiers et/ou noyers
Zone 4: prairie
Zone 5: étendue sauvage, espace de repos pour l’homme et la nature

Bien sûr, toutes les zones ne sont pas réalisables dans tous les jardins. Justement sur un petit terrain, vous devez vous limiter à une sélection. Des plans à l’échelle vous aident à planifier votre parcelle comme vous voulez. Pensez à garder les allées aussi courtes que possible, vous réduisez ainsi le travail lors de la mise en œuvre et économisez l’énergie dans l’exploitation sur le long terme.

Créer de la diversité

«Culture mixte au lieu de monoculture», telle est la devise de la permaculture. Cultivez par conséquent en rotation des cultures alternée des plantes utiles qui sont de bon voisinage. Les tableaux de culture mixte sont une aide précieuse. Avec un engrais vert (par exemple l’avoine, la moutarde ou le fenugrec), vous donnez la possibilité au carré de légumes de se régénérer.

Choisissez des variétés de plantes et de légumes qui conviennent au climat de votre région et aux conditions du sol. Veillez à ce qu’il y ait une diversité d’habitats dans votre jardin, c’est-à-dire aussi bien des endroits exploités intensivement, comme des carrés de légumes, que des zones périphériques et transitoires extensives. Des plantes, telle que la consoude comme plante de paillage ou l’avoine pour la structure du sol, sont également très importantes au potager. Un carré Milpa, comme les mayas cultivaient déjà, s’est révélé être une culture mixte idéale. Ici, les «trois sœurs», maïs, haricot et courge sont cultivés sur une surface.

Culture mixte dans le carré de légumes

Pour presque chaque plante, il existe le partenaire de culture mixte idéal

Miser sur la multifonctionnalité

On entend par multifonctionnalité en permaculture au jardin, la disposition des végétaux et des éléments de construction de façon à ce qu’ils puissent remplir plusieurs fonctions et se renforcent mutuellement. L’exemple d’une haie illustre cela très facilement. Une haie sur le côté nord ou ouest d’une parcelle protège des vents. En y plantant une haie «d’arbustes à fruits à picorer» comme des mûres, des groseilles à maquereau ou des myrtilles, on a en plus une récolte. Avec un saule dans votre jardin, une clôture en saule tressé peut servir à la fois de pare-vent, de délimitation décorative et de recyclage des baguettes récupérées à la taille. Les animaux aussi peuvent assumer différentes tâches au jardin. Canards coureurs indiens et poules sont par exemple des aides bienvenues dans la lutte contre les nuisibles.

Utiliser l’énergie efficacement

Afin d’utiliser les énergies efficacement dans votre jardin, il est indispensable de connaître exactement le rayonnement solaire quotidien, les conditions de vent et l’orientation du terrain. Ils déterminent en fin de compte le microclimat de votre jardin. Un mur (de maison) orienté au sud par exemple stocke la chaleur encore longtemps après le rayonnement du soleil. Une haie en forme de U, orientée vers le nord, protège des vents du nord et crée par conséquent un microclimat agréable sur le côté sud de votre jardin. Une serre est presque un must pour le jardinier de permaculture, car vous pouvez ainsi conserver les végétaux sensibles pendant l’hiver et cultiver des boutures de bonne heure. Les bassins sont aussi des moyens de stocker la chaleur. Caves et silos souterrains servent de lieux frais et secs en hiver où les légumes peuvent être stockés. Vous économisez ainsi l’énergie et également l’argent que signifierait un grand frigo.

Ne pas gaspiller l’eau

En permaculture dans son propre jardin, il s’agit d’utiliser la ressource eau de la manière la plus rentable et la plus durable possible. C’est-à-dire: récupérez l’eau de pluie sur votre parcelle à l’aide d’une gouttière et d’un tonneau, dirigez-la si possible dans votre bassin et arrosez vos carrés de légumes avec cette eau. Vous pouvez aussi bien sûr utiliser l’eau de pluie récupérée pour arroser avec des arrosoirs et des tuyaux d’arrosage. Gardez à l’esprit que l’eau sert aussi d’accumulateur de chaleur. Une serre directement à côté d’un bassin reçoit nettement plus de chaleur grâce au rayonnement solaire réfléchi.

Récupérateur d’eau de pluie

L’eau de pluie est une excellente eau d’arrosage - et totalement gratuite

Gérer en circuits fermés

Certaines prairies fleuries et mélanges de graines attirent les abeilles sauvages, bourdons et autres insectes utiles qui assurent un écosystème fermé dans votre jardin. Un compost est un exemple idéal pour un système de circuit fermé que vous pouvez facilement intégrer dans votre jardin. Pour cela, déposez à l’automne le compost en tas oblong. Utilisez à cet effet des feuilles mortes, de l’herbe sèche, des déchets de cuisine ou du fumier de poules et laissez en place plusieurs mois. De temps en temps, il est conseillé de déplacer le compost pour l’aérer. Pour enrichir le sol, le compost peut être épandu au potager 6 à 12 mois plus tard.

Un autre exemple d’un système réussi et fermé qui stocke et utilise idéalement les énergies est le jardinage sur buttes. Elles doivent mesurer environ 50 à 100 centimètres de haut pour que vous puissiez travailler aisément. A l’automne, creusez une petite tranchée en direction nord-sud et remplissez-la de différentes couches. Tout au fond il y a des branches, des plaques de gazon, des feuilles et du compost grossier, dessus une couche de terre de jardin et de compost mur. Les processus de décomposition produisent de la chaleur et une épaisse couche d’humus au fil du temps qui est bénéfique aux végétaux.

Paillage d’une butte

La décomposition des matières organiques dégage de la chaleur à l’intérieur de la butte

Stimuler les coopérations

Lors de la conception d’un jardin selon les principes de la permaculture, il est important de combiner judicieusement ensemble les différents végétaux, espèces de fruits et de légumes. Consoude et orties tout autour d’un arbre fruitier fournissent par exemple un bon paillage. Le «disposer par couches et entasser», sur lequel Bill Millison insiste tant dans ses principes, aboutit aussi à une coopération réussie. On entend par là, conduire les végétaux intentionnellement en hauteur ou les laisser grimper de sorte que vous puissiez jardiner même sur seulement quelques mètres carrés. La culture de courges sur un support permet ainsi par exemple d’associer de jolies plantes fleuries au pied.

Augmenter la robustesse

En permaculture, la biodiversité, c’est-à-dire la diversité des espèces animales, végétales et autres organismes, est essentielle. Cela rend le jardin plus résistant, non seulement vis-à-vis des changements de temps, mais aussi en ce qui concerne les parasites et les maladies.

Solutions créatives

Cherchez des solutions individuelles et créatives pour votre parcelle et n’hésitez pas à rectifier lorsque quelque chose ne fonctionne pas. Une spirale d’aromatiques peut par exemple être une solution pour les petits jardins. Vous pouvez ainsi cultiver une grande quantité d’aromatiques avec des besoins différents sur peu d’espace et les récolter fraîches en permanence. La culture sur butte est une possibilité de jardiner en ménageant son dos. Dans le cas du Urban Gardening de plus en plus populaire, c’est-à-dire le jardinage en ville, justement les concepts qui permettent d’aménager un potager sur un espace réduit sont populaires. De cette façon, pommes de terre, salades, choux-raves et Cie. se cultivent verticalement aussi sur le balcon. Il en va de même pour les bourses d’échange de graines ou de produits en nature, de caisses de légumes ou d’abonnements à des paniers de légumes, l’apiculture sur le balcon et l’abandon des emballages. Toutes ces idées et solutions créatives sont déjà ancrées et présentes dans les principes de la permaculture.

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