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Poire, poirier

Les poires récoltées dans son propre jardin sont un délice absolu. Vous trouverez ici des conseils pour planter, entretenir et tailler un poirier afin d’obtenir de bonnes récoltes.

Origine et port

Les formes cultivées actuelles de poiriers (Pyrus communis) sont le résultat de croisements de différents poiriers sauvages d’Asie occidentale et d’Europe. On y trouve aussi le poirier sauvage de nos régions (Pyrus pyraster). L’histoire de la culture des poiriers ne peut toutefois être reconstituée que dans une certaine mesure car ce fruit à pépins était déjà très répandu dans le bassin méditerranéen à l’époque d’Homère.

Les poiriers ont une croissance assez vigoureuse et forment des couronnes plutôt étroites et érigées. Les feuilles alternes sont généralement en ovale large et présentent une face supérieure remarquablement brillante. Ces arbres ont une espérance de vie assez élevée: On trouve en Allemagne des sujets dont l’âge est estimé à 180 ans. Les pommiers atteignent à peine la moitié de cet âge. Les fleurs apparaissent souvent une à deux semaines avant la floraison des pommiers et sont donc légèrement menacés par les gelées tardives. Elles présentent la forme de fleur caractéristique des rosacées (Rosaceae), sont d’un blanc pur et possèdent des étamines sombres. Comme les pommiers, les poiriers forment leurs fruits sur des pédoncules courts sur le vieux bois. Les poiriers ont aussi une certaine importance en tant qu’arbres forestiers: Leur bois généralement rougeâtre et joliment veiné est très demandé en ébénisterie et peut atteindre des prix élevés.

Le goût des poires de son propre jardin est largement meilleur que celui des fruits proposés en supermarché. Une des raisons en est que ces derniers sont cueillis avant maturité pour supporter le transport et se conserver le plus longtemps possible. Pour choisir le bon poirier, la taille du jardin est naturellement décisive. Heureusement, on trouve actuellement de nombreuses variétés de poiriers pour petits jardins. Des variétés compactes comme ‘Condo’ ou ‘Concorde’ présentent une durée de conservation nettement plus longue que de nombreuses variétés anciennes de poiriers. Et aussi quant à leur goût, elles n’ont rien à envier aux variétés aussi connues que la poire ’Bon Chrétien-Williams’ ou la ’Fondante de Charneux’.

L’élément décisif pour la croissance du poirier est le support. Les arbres greffés sur des porte-greffes s’enracinent en profondeur et s’accommodent donc aussi temporairement des périodes de sécheresse, ils sont par ailleurs relativement résistants aux gelées hivernales. Des fruits d’une qualité et d’un goût meilleurs mûrissent sur des porte-greffes de cognassier comme ’Quitte A’. Les inconvénients: Ils ont des racines moins profondes et sont donc moins stables, ils sont également plus sensibles au gel et au calcaire. Lors du choix d’une variété adaptée à votre jardin, le mieux est de vous faire conseiller dans une pépinière proche de chez vous car on y connait mieux le climat local et le sol.

Emplacement et sol

Les poiriers ont besoin d'un emplacement en plein soleil, chaud et abrité. Un emplacement devant un mur de maison ensoleillé est idéal, où les arbres bénéficient de la chaleur rayonnante. La formation en espalier économe en place s’y impose. Il existe toutefois aussi des variétés robustes résistantes au froid qui produisent des fruits bien mûrs dans des emplacements moins favorables, comme par exemple la ’Louise Bonne’ et la ’Duchesse Elsa’ à gros fruits.

Pour tous les poiriers, les sols idéaux sont des sols riches en humus et uniformément humides et sablonneux. Pour les arbres qui ont été greffés sur des porte-greffes de cognassier, ils ne doivent cependant pas être trop lourds ni trop calcaires. Comme les arbres greffés sur des porte-greffes de poiriers ont des racines profondes, les sols doivent être suffisamment ameublis jusqu’aux couches plus profondes. Sur des sols sablonneux, les poiriers ne s’épanouissent de manière satisfaisante que s’ils contiennent une proportion élevée d’humus.

Plantation et soins

Creusez un trou de plantation d’un diamètre au moins deux fois plus grand que la motte de racines et ameublissez le fond à la fourche. Il est important de ne pas placer l’arbre trop profondément dans le trou car les poires réagissent très sensiblement. La surface de la motte de racines doit être à peu près à la hauteur du niveau du sol et le point de greffe doit se trouver nettement plus haut de manière à ce que le tronc greffé ne forme pas de racines propres et à annihiler la fonction régulatrice de croissance du support de greffe. Recouvrez la surface du trou de plantation au moins les premières années avec de l’écorce compostée pour que la terre reste bien humide.

Pour un bon apport en nutriments, les poiriers demandent à chaque printemps quatre litres par arbre de compost qui sera enrichi d’environ 100 grammes de poudre de corne. Ce mélange sera épandu sur le pourtour de la surface du trou de plantation où se trouve la majeure partie des racines fines. Lors des étés secs, les jeunes arbres en particulier doivent recevoir un supplément d’arrosage. En automne, un badigeonnage à la chaux protègera des dommages causés à l’écorce par le soleil hivernal. Si des lapins sauvages sont présents en nombre dans votre jardin, il est aussi recommandé de poser un manchon de protection contre les rongeurs.

Formation et taille

Si vous taillez votre poirier, vous posez les bases d’une bonne récolte à la fin de l’été. Les poiriers greffés sur des supports de greffe de cognassier à croissance lente comme ’Quitte A’ ont besoin de nettement moins de place que des poiriers cultivés comme arbres haute-tige ou demi-tige obtenus sur des porte-greffes. Comme pour les pommiers, ils peuvent être formés en arbustes touffus ou encore en quenouilles plus élancée et même en haie fruitière.

Lors de la formation d’un arbre en quenouille, il faut écarter toutes les tiges secondaires qui ne sont pas encore trop vigoureuses, au moyen de petits tasseaux de bois coupés spécialement pour les maintenir en angle plat d’au moins 60 degrés. Les tiges plus vigoureuses à pousse érigée seront entièrement supprimées avant de pouvoir se transformer en tiges concurrentes. La tige centrale sera raccourcie de manière à bien se ramifier sur toute sa longueur, et on fera de même pour les branches latérales plus longues. Les autres opérations de taille se limiteront essentiellement à ce qu’on appelle un rajeunissement du bois fruitier: On retira alors le vieux bois fruitier fortement ramifié en le coupant derrière une branche latérale plus jeune.

Pour obtenir une couronne en pyramide, on choisit à la base de la couronne trois à quatre tiges maîtresses latérales vigoureuses bien ramifiées qui seront rabattues d’environ un tiers. Toutes les autres tiges secondaires assez fortes seront éliminées. La tige centrale sera également raccourcie de manière à se terminer au moins une longueur de sécateur plus haut que les pointes des tiges latérales. Les couronnes pyramidales sont la forme préférée pour les poiriers à forte croissance. En comparaison, elles demandent aussi un important travail de taille pendant les années suivantes. Tous les gourmands ainsi que les tiges qui poussent vers l’intérieur doivent être éliminés pour que la couronne reste légère et aérée.

Les espaliers sont une méthode de formation également très appréciée pour les poiriers. La méthode la plus simple est un espalier aux branches latérales s’étalant horizontalement. Les jeunes arbres doivent déjà être préparés dès leur jeune âge en les plaçant devant un espalier adapté en fil de fer ou en bois, en attachant les branches qui s’y prêtent à l’horizontale et en les raccourcissant pour qu’elles forment des branches latérales et du bois fruitier sur toute leur longueur. Les jardiniers amateurs doués de leurs mains peuvent aussi construire eux-mêmes l’espalier destiné aux arbres fruitiers. Les tiges qui poussent en hauteur à la verticale doivent être soit arrachées soit rabattues en petits cônes en été. La taille de formation se pratique en général à la fin de l’hiver. On peut procéder à la taille d’entretien après la récolte en septembre ou aussi en fin d’hiver. Plus on taille tard au printemps, plus l’arbre bourgeonnera tard.

Poirier en espalier

Les poiriers qui aiment la chaleur sont souvent cultivés en espalier sur un mur d’habitation, comme ce jeune poirier en espalier en double U avec des branches fruitières verticales.

Fécondation

Sans exception, même les variétés récentes de poiriers ne sont pas auto-fécondantes. Pour que leurs fleurs soient fécondées, elles ont donc besoin d’une autre variété à proximité. S’il n’y a pas d’autre poirier dans le périmètre de vol des abeilles dans les jardins voisins, vous devrez alors planter dès le départ deux variétés différentes. De nombreuses jardineries proposent aussi des arbres dits doubles qui présentent deux variétés différentes sur un même arbre: ils constituent un bon compromis pour les petits jardins.

Récolte et utilisation

Il n’est pas facile de déterminer le moment où les poires ont atteint le bon moment pour la récolte et quand les fruits sont bons à cueillir. Par expérience, le mieux est de récolter les variétés précoces tôt et les poires d’automne et d’hiver tard. Les fruits sont récoltés un à un à la main. Si vous secouez l’arbre, vous risquez de provoquer des meurtrissures et des blessures qui réduisent la durée de stockage et de conservation. Pour les stocker, on les pose sur ce qu’on appelle des claies ou dans des caisses en bois et on les place dans un endroit aussi frais que possible. Mais ne stockez jamais vos poires auprès de pommes! Au cours de leur processus de maturation, elles libèrent de l'éthylène, une hormone végétale, qui favorise également le mûrissement des poires et les fait s'abîmer plus rapidement.

Les poires ont un goût extraordinaire quand on les mange tout juste cueillies. Avez-vous déjà coupé une poire juteuse à pleine maturité comme un avocat dans le sens de la longueur pour manger sa chair tendre à la petite cuillère? Un délice! Si vous mettez vos poires en bocaux , il faut les cueillir avant qu’elles ne soient complètement mûres. Elles resteront alors fermes dans leur bocal. En revanche, pour faire de la compote ou de la purée de fruits, les fruits doivent être bien mûrs: le résultat n’en sera que plus parfumé.

Multiplication

Comme les pommes, les poires se multiplient exclusivement par greffe. Soit par une greffe dite d’hiver à la main par copulation sur des porte-greffes à racines nues ou en été par écussonnage en glissant un œil avec une lamelle d’écorce de la variété noble derrière l’écorce du porte-greffe fendue en T. Une particularité des poiriers est que quelques variétés ne sont pas adaptées à certains supports. Dans ce cas, il faut d’abord greffer une variété acceptable en tant qu’«élément intermédiaire» sur le support. C’est sur lui qu’un an plus tard, on greffera alors à son tour la variété noble à la hauteur souhaitée de la couronne. Les méthodes de greffage mentionnées ont nécessité une certaine pratique, mais les jardiniers amateurs qui sont prêts à expérimenter devraient les essayer. En principe, les greffes de poiriers prennent en effet aussi facilement que les pommiers greffés.

La multiplication par boutures est certes aussi possible pour les poiriers mais le taux d’échec est très élevé et on ne peut pas contrôler la vigueur de croissance des arbres C’est pourquoi cette méthode n’est pas adaptée à la multiplication professionnelle.

Maladies et parasites

Une des maladies les plus fréquentes qui atteint presque tous les poiriers un jour ou l’autre est la rouille grillagée du poirier. On ne peut prévenir cette maladie fongique qu’en pulvérisant régulièrement à titre préventif de début avril à fin juin. Vous pouvez également pulvériser des produits à base de soufre ou du purin de prêle. Si l’arbre est déjà infecté, vous devez avoir recours à des produits à base de cuivre. Veillez à ne pas faire pousser à proximité des poiriers un genévrier de Chine (Juniperus chinensis) ou un genévrier sabine (Juniperus sabina): tous deux sont les hôtes d’hiver du champignon de la rouille grillagée. Bien plus grave et impossible à guérir dans un jardin familial: le feu bactérien. On le reconnait à des pointes de tiges brun foncé qui ont l’air d’être calcinées. Si cette maladie bactérienne dont la déclaration est obligatoire se présente dans votre jardin, les plantes atteintes doivent être immédiatement éliminées et brûlées. En cas d’infestation par le phytope du poirier qui provoque des déformations des feuilles, les symptômes peuvent facilement être confondus avec de la tavelure du poirier.

Parmi les parasites animaux, outre les psylles du poirier, les campagnols peuvent devenir un problème. Ils rongent les racines des poiriers et peuvent endommager les jeunes pieds au point de les faire mourir. Si vous avez des campagnols dans votre jardin, il faut entourer vos poiriers de grandes cages de protection en grillage à petit maillage.

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