Bourdons dans le jardin

Antje Sommerkamp Antje Sommerkamp

Ils arrivent en bourdonnant comme des hélicoptères maladroits et les fleurs se plient sous leur poids: avec leur vol lourd et leur fourrure douillette, les bourdons font partie des hôtes du jardin dont on aime la présence. Les abeilles sauvages sont des pollinisateurs importants qui ne trouvent des espaces de vie adaptés que dans des jardins conçus avec une bio-diversité. C’est notamment pour cette raison que de plus en plus d’espèces de bourdons sont menacées d’extinction.

Bourdon

A la différence des abeilles, les bourdons sortent aussi sous la pluie et par basses températures pour collecter du nectar.

Le bourdonnement profond des bourdons peut souvent être entendu de loin, et lorsque les insectes lourds volent ou grimpent d'une fleur à l'autre comme des petites boules de poils, on peut généralement les observer sans être dérangé. Les bourdons sont des hôtes des jardins dont la présence est appréciée. En dehors du bourdon des jardins ou du bourdon terrestre, plus de 30 espèces vivent chez nous: avec un peu d’entrainement, on peut vite reconnaître les six espèces les plus fréquentes. Même s’ils ne produisent pas de miel, les bourdons sont indispensables aux êtres humains. En tant que pollinisateurs, ils assurent la survie de nombreuses plantes sauvages et d’ornement, et aussi dans les jardins fruitiers, ils contribuent à une bonne récolte.

Pollinisateurs du jardin

Dans les massifs de légumes, ils sont les pollinisateurs actifs des tomates, des courgettes, des concombres ou des potirons. Et si nous nous réjouissons devant une fraise ou une tomate particulièrement bien formée, nous le devons souvent aux bourdons: eux seuls sont capables de polliniser chaque fleur à la perfection, ce qui est la condition première pour obtenir de gros fruits symétriques. C’est ainsi que depuis quelques temps, l’agriculture fait appel avec succès à des colonies entières pour différentes cultures sous serre. En matière de météo, les bourdons ont aussi un avantage par rapport à d’autres pollinisateurs: En réchauffant de manière ciblée les muscles qui leur permettent de voler, les gros bourdons principalement sont en mesure de voler par des températures inférieures à dix degrés.

Bourdon en train d’aspirer du nectar

Avec leur longue trompe, les bourdons aspirent le nectar dans les fleurs.

Miracle volant tolérant au froid

Leur visite des fleurs malgré des conditions météorologiques défavorables sont très appréciées notamment des producteurs de fruits pendant une période de froid au printemps. On voit souvent les reines des bourdons voler dès le mois de février à la recherche de possibilités de nidification. D’ailleurs, la science s’est longtemps cassé la tête sur le fait que les bourdons puissent voler en dépit de leur poids relativement élevé et de leurs ailes proportionnellement petites. On a résolu cette énigme il y a environ 50 ans: A la différence de la surface porteuse des avions, les ailes des bourdons sont mobiles, font jusqu’à 200 battements par seconde et créent des tourbillons d’air: c’est ce qui leur fournit l’énergie nécessaire.

Bourdon en vol

La capacité à voler des bourdons relativement lourds est longtemps restée inexpliquée: leurs ailes élastiques sont la solution du mystère! Par plaisanterie, on prétendait autrefois: «D’après les lois de la physique, les bourdons ne peuvent pas voler. Mais le bourdon ne le sait pas, c’est pourquoi il vole quand même.»

L’état des bourdons

Les bourdons font partie des abeilles sauvages et au sein de ce groupe, ils appartiennent aux rares espèces qui forment un état. Comme chez les abeilles mellifères, leur état est constitué d’une reine, d’ouvrières et de drones mâles. Mais à la différence des abeilles mellifères, seules les jeunes reines fécondées passent l’hiver. Dès le début du printemps, les jeunes reines se mettent à la recherche d’un nid. Souvent, en raison de leur bourdonnement sourd pendant le vol, on les remarque près du sol. Des tas de pierres ou des trous dans la terre par exemple sont des nids intéressants. En fonction des espèces, elles préfèreront des nids au-dessus ou au-dessous de la surface du sol.

Dans le nid, la reine construit des cellules de couvain et des cellules de cire pour y emmagasiner du pollen ou du nectar. Les fondatrices de l’état sont alors tributaires d’une quantité suffisante de fleurs ainsi que du beau temps. Ce sont d’abord des ouvrières qui se glissent hors de œufs; elles se chargent bientôt de couver et de trouver de la nourriture. En été, la reine pond encore des œufs non fécondés dont sortent des drones; peu de temps après, apparaissent les premières jeunes reines. Pendant que ces dernières quittent le nid pour s’accoupler puis pour chercher un nid, le reste de l’état disparait avec la vieille reine. Les jeunes reines hivernent dans un état d’engourdissement, souvent regroupées à plusieurs dans le sol sous des racines d’arbres exposées au soleil, dans des tas de feuilles ou des fissures de murs.

Nichoir pour bourdons

Les bourdons aiment bien construire leurs nids dans des fissures de mur ou on peut les aider au moyen de nichoirs suspendus. Des murs de pierres sèches sont aussi de bonnes possibilités de nidification et même des nichoirs pour oiseaux sont parfois colonisés.

Les bourdons peuvent-ils piquer?

Contrairement à l’opinion largement répandue, les bourdons possèdent tout à fait un dispositif de piqûre, mais seulement les insectes femelles car les drones n’ont pas de dard. Cependant, les bourdons piquent très rarement et affichent deux comportements menaçants différents avant d’avoir recours à la dernière extrémité: Si les insectes se sentent menacés, ils lèvent d’abord la patte du milieu qui se trouve du côté de l’ennemi supposé. Ce geste est toutefois souvent mal compris par les humains qui l’interprètent comme un «coucou». Si on s’approche quand même encore plus de l’insecte, le bourdon se couche sur le dos, étire la partie arrière du corps et commence à émettre un bourdonnement sonore: il s’agit alors de s’éloigner le plus rapidement possible.

A la différence des abeilles, le dard du bourdon n’a pas de crochet et ne reste pas dans la plaie après la piqûre. La quantité de venin injecté est donc relativement réduite et la piqûre est moins douloureuse que la piqûre d’abeille dans laquelle la poche de venin reste souvent accrochée au dard et se vide complètement dans la plaie. Un dard de bourdon devient rouge à l'endroit de la piqûre, se gonfle légèrement et forme un halo blanc. Dans un premier temps, la plaie brûle puis elle commence à démanger. En général, les symptômes ont disparu au bout d’une semaine.

Nourriture pour bourdons

Le bon développement d’un bourdon dépend de l’offre de fleurs riches en pollen et en nectar. Essentiellement pendant les mois d’été, ces sympathiques «poids lourds» souffrent de l’absence de sources de nourriture. Les bourdons ne font pas de réserves et ne peuvent s’adapter que lentement à de nouvelles plantes à nectar. Souvent, ils sortent du nid déjà affaiblis et l’estomac vide. S’ils ne trouvent pas assez rapidement les bonnes fleurs ou si ces dernières ne leur offre pas assez de nectar, ils meurent de faim sur place. On trouve par exemple chaque année de grandes quantités de bourdons morts sous des tilleuls tomenteux en fleurs ou des glycines, qui attirent certes les animaux affamés mais ne leur offrent pas suffisamment de nourriture. Dans nos jardins, nous pouvons être très utiles à ces sympathiques insectes pacifiques en veillant à leur fournir par un agencement naturel du jardin des plantes à nectar et à pollen adaptées, en renonçant totalement aux pesticides et en leur proposant des lieux de nidifications au calme.

Reconnaitre les espèces indigènes de bourdons

En Allemagne, il existe environ 30 différentes espèces de bourdons parmi lesquels on n’en rencontre toutefois assez fréquemment que six. S’ils trouvent des plantes appropriées, il n’est pas rare qu’on puisse les observer dans le jardin ou lors des promenades et les différencier facilement avec un peu d’entrainement. Le premier caractère distinctif est toujours la partie arrière des insectes. Chez le bourdon des jardins, le bourdon terrestre et le bourdon des arbres, elle est claire, chez le bourdon des pierres et des prés, elle est d’un rouge brun, chez le bourdon des champs généralement marron. Ensuite, il faut regarder leur dos. Ici, le nombre et la couleur des rayures sont un caractère distinctif. C’est ainsi que le bourdon terrestre n’a que deux rayures jaunes alors que le bourdon des jardins en a trois.

La plupart des espèces rares de bourdons sont tributaires du trèfle

Cornel van Bebber

Cornel van Bebber, spécialiste des bourdons, lors d’une interview.

Qu’est-ce qui vous fascine personnellement chez les bourdons?

Les bourdons sont des insectes très intelligents et très intéressants. Ils mémorisent les emplacements des fleurs et des nids même s’ils sont éloignés les uns des autres de plusieurs kilomètres. Ils communiquent, préviennent au moyen de bruits émis par les ailes et prennent la défense de la reine dans le nid. Les bourdons s’entendent au moyen de substances odorantes. Ils marquent les fleurs et indiquent ainsi à leurs congénères qu’ils viennent juste de passer. Les bourdons apprennent vite comment exploiter complètement les fleurs le plus vite possible et savent différencier celles qui valent la peine de celles qui produisent moins. Ils choisissent même plus souvent des fleurs chaudes au soleil que des fleurs froides à l’ombre parce qu’ils perdent alors eux-mêmes moins d’énergie. Et ils s’observent mutuellement lorsqu’ils visitent les fleurs pour en tirer des avantages pour eux-mêmes.

Quel rôle jouent les insectes pour les jardiniers?

Est-ce que vous avez un cerisier ou des fraisiers dans votre jardin? Si vous voulez avoir une belle récolte de fruits cette année, vous devez vous réjouir de la présence de bourdons car ce sont de gros insectes utiles qui ont une valeur immense en tant que pollinisateurs. Dans un jardin, on les apprécie beaucoup comme pollinisateurs de plantes et d’arbres fruitiers. Comme le nombre de pollinisateurs se réduit dramatiquement, le moindre bourdon est important pour obtenir une bonne récolte. Et grâce à leur fourrure plus épaisse que celle des abeilles, la pollinisation de certaines plantes comme les fraisiers est plus parfaite qu’avec les abeilles mellifères. Cela permet d’obtenir des fruits plus gros et bien formés. En dehors de leur travail de pollinisation, les nids de bourdons sont le bon indicateur d’un jardin naturel intact. Ils sont sensibles aux poisons et n’apparaissent pas du tout surtout au printemps si le jardin n’est pas proche de l’état naturel.

Nos bourdons sont-ils menacés?

Toutes les espèces sont strictement protégées. Quelques-unes sont très fortement menacées parce que leur milieu de vie a été détruit. De nombreux bourdons dépendent de certains habitats. C’est ainsi que la disparition des paysages de landes et de marécages entraine aussi la disparition des bourdons des landes. Un exemple particulièrement dramatique est le recul des prairies de trèfle qui étaient autrefois favorisées par les paysans pour fournir du fourrage vert mais ne sont malheureusement plus aussi souvent plantées. En fait, toutes les espèces rares sont plus ou moins dépendantes des différentes espèces de trèfle. À ce propos: Il suffit simplement de sept espèces de plantes dans un jardin pour encourager les bourdons devenus rares.

Galerie photos: Ces plantes sont appréciées des bourdons

De quelles plantes s’agit-il?

Les sept espèces suivantes sont des plantes appréciées des bourdons: le trèfle rouge, le trèfle blanc, la callune et la bruyère, le lotier, la vipérine commune et la centaurée. En règle générale: Si on dispose de peu de place et si on veut semer quelque chose qui fleurisse dès la première année, il faut choisir du coquelicot, de la bourrache, de la phacelia, de la capucine ou des tournesols. Des vivaces intéressantes pour les bourdons sont la mauve, la consoude, les lupins, les pieds d’alouette, les roses trémières et l’aconit.

Comment se présente un jardin adapté aux bourdons?

Par principe, chacun devrait veiller à conserver des espaces de vie naturels dans son environnement. Les jardins ne peuvent remplacer le milieu de vie des espèces rares qu’au prix d’importants efforts. Mais des espèces végétales riches en pollen et à floraison tardive aident les bourdons. Ce qui compte pour ces animaux, ce n’est pas la diversité des différentes plantes mais leur quantité. Ainsi, une à deux espèces suffisent mais en grande quantité pour chacune. Les mélanges de fleurs sont donc nettement moins appropriés. En plus, on peut suspendre un nichoir. Mais de nombreux nichoirs restent malheureusement vides parce que les bourdons sont trop regardants. Il faut renoncer aux substances toxiques contre les chenilles ou les pucerons. Elles sont déjà problématiques en faibles concentrations. Si on veut agir contre les parasites, on peut facilement se tourner vers des produits biologiques.

Que faire si on découvre un nid de bourdons dans son jardin?

Réjouissez-vous! Déterminez l’espèce des bourdons car vous en saurez alors plus sur la taille de la population ou sur la durée de séjour des insectes dans leur nid. En règle générale, l’activité de vol ne dépassera pas plus d’un à deux bourdons par minute, même pour des nids plus importants, si bien qu’on n’a pas l’impression d’être dérangé. La peur de ces animaux pacifiques est totalement infondée.

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